Sous la surface

La tempérance

Parfois, j’ai des moments de grâce.

Je devrais peut-être dire "de répit", simplement. Mais c’est vraiment une grâce pour moi, de me sentir comme je me sens. Ce n’est pas souvent…

C’est un état difficile à décrire. En fait, alors que d’habitude, je suis une bombe à retardement, absorbant puissance mille toutes les émotions autour de moi, là elles ne font que m’effleurer. Je ressens des choses, mais elles ne s’incrustent pas en moi comme d’habitude. Je me sens zen.

Et puis ma vie aussi… D’habitude, je n’en suis pas satisfaite. Et là, ce n’est pas que j’en sois satisfaite, mais je me dis "C’est ma vie, elle n’est pas meilleure ni pire qu’une autre."

Pour tout, c’est pareil, même le négatif. Par exemple, hier j’ai reçu un mail de mon homme à moi (que j’attendais impatiemment depuis environ quinze jours). Il était à l’image de ce long silence : déprimant. Il m’a bien déprimée, c’est vrai, mais ensuite je me suis juste sentie désolée qu’il se sente si mal et qu’il m’en veuille autant sans raison particulière. Son mail respire le mal-être et l’amertume, mais il ne me les a pas communiqués. C’est nouveau.

Le boulot, idem. Non pas que je m’en foute, mais je suis désolée pour eux, pour toute cette merde de mauvais sentiments qu’ils se traînent. Pour l’instant je ne les absorbe pas à ma manière habituelle, ils ricochent sur moi et mon flottement étrange dans ce monde fous et de malheureux.

Peut-être est-ce ce qu’on appelle l’empathie. Cette fameuse empathie que je n’ai jamais su trouver.

Peut-être suis-je simplement encore suffisamment reposée, et tout ça retombera à mesure que la fatigue reprendra le dessus…

Quand bien même, pour l’instant c’est ainsi. Et je me fous du reste, je me fous de savoir si ça retombera ou pas.

Je suis paisible et je veux le rester.

Je constate aussi à quel point ça faisait longtemps que je n’avais pas été seule, comme la semaine dernière. Seule, mais bien. Sans agitation, sans autres qui me sollicitent pour eux et pas pour moi. Sans homme, peut-être. L’amour ne me va pas.

L’histoire avec Mr Savoie m’a plus déstabilisée qu’autre chose. Encore un qui a pris sans jamais rien m’apporter. Affreux vampires que ces hommes qui tournent autour de moi. S’abreuvant toujours de mon énergie vitale, toujours en demande, qui de mon cul, qui de mon utérus, qui de ma liberté, qui de ma capacité à m’étourdir… N’en existe-t-il pas un qui ne voudrait ni donner ni recevoir, mais juste partager ?

Moi j’ai décidé de partager ce que je peux avec qui je peux.

J’aime vraiment cet état. J’aimerais qu’il dure toujours. Je me sens si sereine. Sans aucune question parasite dans ma tête, du type "Qui suis-je ? Où vais?", ce genre de trucs déprimants auxquels on ne trouve de toutes façons jamais de vraie réponse. Pour l’instant je suis là, et tout à l’heure j’irai me coucher avec un bon bouquin, et demain j’irai au taf. Ce n’est pas transcendant, d’habitude je trouverais même ça abrutissant et déprimant. Mais ce soir je me dis simplement que la plupart des autres en sont là aussi. Et ceux qui peuvent agrémenter cela d’un peu d’amour ou de plaisir ont bien de la chance comme ceux qui ne peuvent l’agrémenter d’un repas et de chaleur sont bien malheureux. Moi je suis pile au milieu. Je n’ai pas tout, mais je n’ai pas rien. Et je ne cherche pas d’autres réponses ce soir…